Patricia JANEČKOVÁ: "Les oiseaux dans la charmille" (Jacques Offenbach - Les contes d' Hoffmann)

 

"Le nouveau régime politique issu du coup d’État du 2 décembre 1851 bénéficia d’entrée de jeu d’un retournement conjoncturel sur le plan économique qui se traduisit par un retour de la croissance qui avait fait défaut durant les deux décennies précédentes, croissance suscitée en partie par la « ruée vers l’or » qui se produisait alors en Amérique du Nord, aux États Unis. Ceci s’accompagna de la volonté de l’Empereur Napoléon III et de son entourage de faire entrer la France dans l’ère industrielle où l’Angleterre l’avait précédée ;

n’oublions pas que Napoléon III avait été fortement influencé par les Saint-Simoniens selon lesquels le progrès devait être généré par l’industrie et le commerce et participer de la sorte à l’élévation du niveau de vie spécialement des classes populaires. Pour se faire, l’économie avait besoin de crédit et donc de confiance. Le Prince-Président durant sa tournée à travers la France au lendemain du coup d’État avait annoncé son « programme » : « L’Empire, c’est la paix » proclamait-il, et donc la stabilité. Porté au pouvoir par des forces conservatrices diverses et contradictoires, il choisit la fuite en avant pour surmonter les contradictions de ses soutiens ; d’où, accompagnant l’expansion industrielle (apparition de nombre d’usines) et commerciale (apparition des grands magasins type Le Bon Marché à Paris) en parallèle avec le développement des voies de communications (chemins de fer, routes, canaux) et une modernisation relative de l’agriculture (assèchement des zones insalubres comme la Brenne, les Dombes, les Landes et plantations de pins ou d’oyats, etc.), un déploiement de fêtes, de spectacles variés, de divertissements en tous genres. La capitale, Paris, fut évidemment au cœur de ces transformations symbolisées par les vastes travaux urbains conduits par le Préfet Haussmann, visant à assainir, embellir la ville et aussi à donner du travail aux classes populaires tenues en suspicion depuis la Révolution de 1848 : la percée de vastes voies de circulation linéaires avait certes pour objet de faciliter le trafic, mais également de maîtriser les soulèvements populaires en permettant de déployer l’artillerie en cas de besoin…

Symbole de ces transformations la construction de la Bourse du Commerce et des Halles de Baltard au cœur de la capitale et percée de grands boulevards rectilignes. L’Empereur, quant à lui, en parfait monarque, s’entoura d’une Cour et, délaissant le Palais de l’Élysée, républicain, s’installa dans celui des Tuileries symbole de la monarchie d’Ancien Régime, cette Cour qui, l’été, se rendait à Compiègne. Elle était en grande partie composée de parvenus rapidement enrichis, constituant une société cosmopolite autour notamment de l’Impératrice Eugénie de Montijo ; on évoquera au passage le rôle de ces dames qu’on appelait « demi-mondaines » et dont l’archétype avait été Marguerite Gautier, La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils, La Traviata de Verdi (1853). Cela se traduisit par un développement de la corruption, un relâchement des mœurs, une grande frivolité (froufrou, crinolines), un académisme clinquant sur le plan artistique, un monde où il fallait faire impression et que Zola a admirablement décrit.

Offenbach inscrivit sa carrière artistique dans ce contexte social : la société urbaine du Second Empire lui fournit à la fois son public et les sujets de ses pièces de théâtre. Lui-même était un mondain mais aussi un amuseur-né, tout d’ironie et de fantaisie. Il prospéra donc dans cette société avide de stabilité certes, mais riche et axée sur le plaisir qui était à elle seule une opérette vivante d’Offenbach. La satire qu’avec ses librettistes il brossa de cette société fonctionna comme une soupape de sécurité pour le régime impérial ; les opérettes d’Offenbach agissant sur cette société comme un paratonnerre. De la critique qui en émanait on riait et parce qu’on riait on était désarmé et la censure ne pouvait plus s’exercer efficacement."

 

Je vous aisse apprécié...

merci  OpéraMusic.com   pour votre article instructif

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